il y aurait une matière
offrir à l'oeil la chance de voir ce qu'il a oublié, que le dessin n'est pas affaire de point A à l’autre B que la surface qui permet de garder la trace n'est pas obligatoirement un papier que le volume, la densité, sont exactement ce qui cruel et manque
vent
le souffle tait, un souffle à peine je me tais
je
n'existe plus dans
le geste a fait, il a cherché à faire,
cela s'est fait
rythme délicat, puissant, de la vie
sentir dans la main la paradoxale légèreté de l’inscription
rappeler à tout que le regard est chemin d’être
imaginez un homme qui prend une feuille et cherche l’ombre
la couleur l’ombre
le vertige
nous revenons, lui qui fait, nous qui sommes invités à voir, à la sensation
son orée
il n’y a rien à penser
ce sont les mêmes larmes, tout à fait mêmes, qui montent mécaniquement
que celles en gorges face à la paroi autrefois gravée ou peinte
ces larmes de savoir que geste d’homme
qu’il y a
nous pensons il y aurait d’un côté l’archéologue qui retire et cherche, adepte du retour, à l’origine, la trace du geste
et de l’autre, évidemment, celui qui fait
cela est faux
confrontés au travail de Dulom nous dissolvons les certitudes
puisque toute la pratique consiste
à seulement faire, chargé et malgré,
à souvenir
à tenir le fil qui nous relie
qui n’est pas sens, qui ne raconte pas d’histoires, qui ne fait pas prouesse
mais simplement offert
trouvaille partagée
qu’on se rappelle ensemble
l’inespéré du jeu
son absolu sérieux
fondus
mêlés
presque tout à fait mêmes
il faudrait déplier l’espace, chacun d’espace, pas décoder mais
comprendre : il suffirait de laisser tomber
à tout moment
peut tomber
précaire trouée
je me souviens l’horizon
mais chemin faisant
quand tout s’arrête
quand surgit le cinéma en moi
celui qui rappelle, m’arrachant
quel présent
abolissant quand
touche, à peine je
fleure
et la force tient
la station
cela est, habite
debout
cela compose
même miracle que lorsque je
une pince
la mesure très exacte du coin
du point de contact
reste un espace là aussi entre
dire touche
cela coupe l’œil
coupe pour moi l’œil
la profondeur de l’œil, son champ
là où se plonge et ce qui dessine
qui se répand qui occupe absolument tout l’espace qu’on lui donne
prend l’horizon pour un donné, le prend vraiment, l’absorbe
n’entend que lui
il aura suffi d’un fil
de faire ligne
d’un hors champ
reprend elle revient puisque les choses sont à présent
avec un sol des murs généralement blancs des baies opacifiées qui séparent une porte vitrée des poteaux cylindriques probablement métalliques et peints en blanc aussi et des fils au métrage si précis qu’il ne peut que rappeler, comme un enfant se trahit, l’écart entre chacun de ses fruits
bruits de rue
l’industrie la technique la machine très précise le métal froid métal les mesures les outils le détail l’infini la maîtrise l’implacable le très fort le très droit le très exactement net
entre chacun de ses fruits, un écart invisible, ils disent à l’œil et qui pourtant crie et qui saute et qui hurle qui gémit qui frémit
ça rigole
D’un urinoir à l’autre d’une règle à l’autre d’un fil ou de n’importe quel fruit, puisque sépare, que l’un à l’autre, qu’infime, la différence – et d’elle sort la main, revient, qu’il y avait une main, un bras, une tête pensant, concevant, surtout voulant cela, la maîtrise, l’illusion du plat, du net, une facture
miroir, le fil me rappelle
il parle fort, vulgaire
l’effort qu’il faut pour être plat
je disais lisse mais j’oubliais, nous oubliions
dans l’espace, il est pour ça, des gens passent
l’histoire commence
un homme plie des fils dans son atelier
un homme
pénombre
dans la ville, même, un homme marche quotidiennement sur l’inégalité pavée d’une cour, ouvre une porte. Des volets, une porte. Sous un escalier de bois : la porte.
Accolée à une façade de bois.
La pièce est sobre, l’homme la pratique sobre. Une cloison pour ranger. L’œil éreinté de penser tandis que la main caresse en plume le plomb, effleure pour faire. Mais fait. Il faut faire. Alors l’homme, son œil: fait faire. Ses assistants ne sont pas les mains qu’on s’imagine mais celles qui, techniques, mécaniques, froides et stupides, peuvent à très peu ce que cinq mille ne feraient pas mais qui restent, pauvres petites, esclaves d’une seule tête. Mains des machines qui pour lui impriment pour lui fondent le fer pour lui moulent et découpent pour lui mesurent en mètres pour lui bêcheuses calibrent, ouvrières, pour lui, expriment
ce que l’homme de la cour cherche avec ses mains est d’abord histoire d’œil
il cherche le seuil du voir
l’endroit du voir
l’effet du voir
comment le voir impossible
impossible
ne s’arrête jamais
n’est pas arrêté
est entre
tout au centre de cet étonnant jeu de sphères formées par l’œil les nerfs l’aura le crâne la cervelle les orbites et l’oreille
expérience intense et précaire
la main de l’homme à l’œil qui pense fort, délicate, Gepetto, donne vie, Pygmalion, insuffle, Frankenstein sans intention, replace en dignité la charge inerte, recharge en poésie tout ce qui, à l’orée du terrible stérile, se pensait calibré
il ne faut pas se leurrer, c’est un geste de réparation pour la matière, ce sont les objets les outils les machines les riens qui se retrouvent magnifiés dans ce travail mais tout vient de la main, de l’œil de la main, de son cœur et
ce sont les mains qui se retrouvent ainsi dignement portées à leur endroit
que cela apparaît, que cela délimite, que cela ouvre
jonction, l’œil est un enfant
véritablement se promène